Chapitre 10 · Science-Fiction · Fantasy · 4 minutes
Chapitre 10
Le L-IX a basculé dans les profondeurs de la cité, mais la dernière écriture a laissé Ylos tremblant et la vision brouillée. Une autre menace rôde toujours.
Chancelant, Ylos atteignit enfin l'extrémité du pont. Une volée de marches montait devant lui vers les hauteurs de la tour.

Bon sang, il n'en pouvait plus de ces escaliers ! Comment un peuple aussi avancé avait-il pu bâtir une cité entière faite de marches ? Cela relevait certainement d'une forme de spiritualité qui lui échappait.
Chaque marche fut une épreuve. Son corps entier protestait et ses jambes tremblaient sous l'effort.

La dernière écriture l'avait vidé. Il n'en avait pourtant pas été la cible, sans quoi les effets auraient été bien pires, mais il en sentirait probablement le contrecoup pendant plusieurs jours.
Écrire sur un autre être vivant, c'était partager avec lui une partie de la dette métabolique qui en découlait. Pour payer cette dette, le corps avait toujours besoin de ressources, quitte à se consumer lui-même. Et des ressources, Ylos n'en avait absolument plus. Il ne lui restait qu'une faim dévorante.

Pourtant, Ylos savait qu'il lui restait une chose à faire : découvrir si la présence était derrière lui. Il effectua une nouvelle écriture pour activer son augmentation auditive, puis s'abîma quelques instants dans ses sensations. Il ne perçut que le silence ; la présence entendue plus tôt n'était pas à portée. Il désactiva aussitôt l'augmentation.
Malgré ce geste en apparence anodin, Ylos était clairement déjà au-delà de ses limites et la faim se fit plus dévorante encore. C'était probablement le dernier geste de génomantie qu'il pouvait tenter, sinon il risquait d'atteindre le stade d'instable. Aucun instable ne redevient ce qu'il était auparavant.

Ylos traîna jusqu'au palier la carcasse qui lui servait encore de corps. Le spectacle qui l'accueillit lui parut aussi étrange que chatoyant : pour la première fois depuis son arrivée dans la cité, des couleurs emplirent son champ de vision.
La pièce baignait dans la faible lumière extérieure. Au pied de grandes ouvertures donnant sur l'extérieur, le sol en céramique était jonché par endroits de fragments de verre coloré. Au centre trônait une table dont toute la surface était incrustée de ce qui lui semblait être du lapis-lazuli.

Mais autre chose captait toute son attention. Sur le mur du fond, une fresque miroitante composée d'une marqueterie de pierres colorées teintait doucement la pièce.
Elle représentait une scène de guerre : au centre se dressait un arbre-monde, devant lequel deux peuples s'affrontaient. Finalement, l'arbre-monde fossilisé ne serait peut-être pas la découverte la plus importante qu'Ylos emporterait avec lui.
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