Chapitre 17 · Science-Fiction · Fantasy · 5 minutes
Chapitre 17
Ylos taille la base du mur de mousse avec une dague de nacre, tandis que son adversaire se rapproche. La sortie qu'il prépare n'est pas pour lui.
Le bras de Ylos atteignit enfin l'autre bout du mur de mousse. Avec un mélange de soulagement et de fatigue, il lâcha la dague au sol. Il lui restait une chose à faire, sans même savoir si c'était possible : faire échapper la lymphe.

La lymphe et lui étaient en symbiose. D'après les écrits qu'il avait lus, rompre ce lien pouvait revenir à s'arracher un membre.
Mais Ylos était déjà résigné à son sort. Il essayait seulement de sauver ce qui pouvait encore l'être. Une créature aussi ancienne devait survivre : elle était peut-être aussi importante que les découvertes qu'il avait inscrites sur la salamandre.

Ylos reprit dans sa main la salamandre, qui patientait calmement sur le sol. Ce qu'il s'apprêtait à faire n'avait jamais été fait : les lymphes de la surface étaient trop précieuses pour ce genre d'expérimentation. Il ferma les yeux et commença à diffuser son pouvoir dans la salamandre. La connexion était en place.
La lymphe dut percevoir son intention, car il crut la sentir hurler en lui de tout son être, comme si elle le suppliait d'arrêter. Il hésita un bref instant avant de poursuivre. Mentalement, il saisit la conscience de la lymphe en lui et, de toutes ses forces, l'arracha et l'envoya brutalement par la connexion ouverte vers la salamandre.

Ce qu'il ressentit après, il n'aurait pas pu l'exprimer pleinement avec des mots. Ylos avait l'impression d'avoir perdu quelque chose qui avait toujours fait partie de lui. Il chercha sa présence, mais rien ne lui répondit. Il ne ressentait pas le vide en lui : il était devenu le vide.
Son regard éteint se posa sur la salamandre. Elle le regarda, vaguement perturbée. Il n'avait aucun moyen de savoir si l'opération avait réussi. La créature était trop petite pour accueillir la lymphe entièrement, il en était sûr. Mais peut-être son essence survivrait-elle. Il devait maintenant faire partir sa dernière chimère.

Ylos émit un léger sifflement avec le peu de souffle qu'il lui restait et la salamandre fila par le petit tunnel. Avachi contre le mur, il se laissa gagner par le soulagement et la résignation. Il repensa à la surface, à tous ceux qu'il ne reverrait pas et aux chimères qu'il avait abandonnées.
À quelques pas de lui, il vit des lianes s'animer. Son adversaire était déjà là. Même dans ses derniers instants, il n'aurait pas de répit. L'inconnu émergea et ne tarda pas à le repérer. Il s'approcha calmement. Ylos leva les yeux vers lui. Il distinguait maintenant les formes sous sa cape : son corps paraissait entièrement fait de roche aux reflets verts.

« Qu'est-ce que vous êt… »
Sa phrase mourut sur ses lèvres, interrompue par un flot de sang. Une lame d'obsidienne le transperçait de part en part. Les ténèbres vinrent à sa rencontre. Sa dernière pensée fut pour elle : tandis que la vie le quittait, il espérait de tout son être avoir tenu sa promesse et qu'elle lui pardonnerait.
Le calme retomba sur la cité morte comme s'il n'avait jamais été troublé. Une petite salamandre noire s'engouffra dans la gueule béante de roche qui s'enfonçait dans le mur et disparut dans l'obscurité, portant avec elle les espoirs d'un homme et les réponses de tout un peuple.
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